Lettre à un malade
Saint Pierre Damien

Tu m'as demandé, mon très cher, de t'envoyer par lettre des paroles de réconfort et d'adoucir par de cordiales exhortations l'amertume de ton cœur, au milieu de tous les malheurs dont tu souffres. Mais si la réflexion de ta prudence n'est pas assoupie, le réconfort est à ta portée, puisque les paroles mêmes qui te promettent l'héritage montrent de façon indubitable que tu es instruit par Dieu comme un fils. Qu'y a-t-il de plus clair, en effet que cette exhortation : Mon fils, si tu prétends servir Dieu, demeure dans la justice et la crainte, et prépare ton âme à l'épreuve. Car là où il y a la crainte, il y a aussi la justice, et l'épreuve de n'importe quelle contradiction n'est pas un supplice d'esclave, mais plutôt une éducation paternelle. Et c'est pourquoi le bienheureux Job, après avoir dit, sous les coups de l'épreuve : Qu'il continue, qu'il m'écrase, qu'il retire sa main et me supprime ! ajoute aussitôt : J'aurai du moins cette consolation: celui qui m'afflige ne me ménage pas la douleur.

Oui, pour les élus de Dieu, c'est une grande consolation d'être frappés par lui. Par les calamités passagères qu'ils endurent, se fortifie leur espérance de marcher jusqu'à la gloire de la béatitude céleste. Si l'artisan écrase l'or avec son marteau, c'est pour en éliminer les impuretés ; s'il le racle souvent avec la lime, c'est pour faire briller davantage la substance de ce métal scintillant : Le four met à l'épreuve le vase du potier, et l'affliction éprouve le juste. Ce qui fait dire à saint Jacques : Quand vous butez sur toutes sortes d'épreuves, pensez que c'est la joie parfaite. Ils ont donc raison de se réjouir, ceux qu'une affliction passagère frappe ici-bas pour le mal qu'ils ont fait, tandis que leur sont réservées dans le ciel, pour le bien qu'ils ont accompli, des récompenses éternelles.

Par conséquent, très cher et très doux frère, alors que tu es criblé de coups, alors que tu es châtié par les meurtrissures que t'inflige l'éducation céleste, ne tombe pas dans le désespoir, ne laisse échapper aucune plainte amère, ne t'enfonce pas dans la tristesse, ne deviens pas impatient par manque de courage. Aie toujours le sourire au visage, la gaîté au cœur, l'action de grâce à la bouche.

II faut toujours louer le plan de Dieu : s'il frappe les siens pour un temps, c'est pour les dérober aux châtiments sans fin ; s'il écrase, c'est pour élever ; s'il tranche, c'est pour guérir ; s'il abat, c'est pour faire monter. Par les témoignages de la sainte Écriture que je viens de citer et par d'autres, mon bien-aimé, arme ton âme de patience et attends dans l'allégresse la joie qui succédera à la tristesse. Que l'espérance te conduise vers cette joie, que la charité enflamme ton enthousiasme afin que, dans cette ivresse, l'âme oublie ce qu'elle souffre au-dehors pour s'épanouir en se dirigeant vers ce qu'elle contemple au-dedans.


* Saint Côme et saint Damien étaient deux frères, venus d'Arabie en Cilicie. Leur profession de médecin leur fournit l'occasion d'exercer un véritable apostolat ; car, à travers les corps, ils savaient voir les âmes, les toucher, les convertir. La grâce divine vint relever leur science par le don des guérisons miraculeuses : de toutes parts, on accourait à eux pour obtenir la délivrance des maux les plus invétérés et les plus incurables. Le résultat ne trompait jamais leur foi et leur confiance, et il ne se passait pas de jour sans qu'ils eussent opéré quelque cure souvent désespérée. Auprès d'eux, les aveugles recouvraient la vue, les boiteux marchaient droit, les sourds entendaient, les estropiés étaient guéris. Leur puissance s'étendait même au-delà de ce monde visible, et, à leur voix, les démons abandonnaient leurs victimes. Tout cela, ils le faisaient par pure charité, ne recevant jamais aucune rétribution. À cette gloire devait se joindre celle du martyre. Un jour on les accusa de séduire le peuple et de faire déserter les temples des dieux. Le préfet leur infligea une si longue et si rude flagellation, que les bourreaux n'en pouvaient plus de fatigue ; les deux martyrs bénissaient le Seigneur. À la vue d'une foule immense, ils furent précipités du haut d'un rocher dans les flots ; mais un Ange plana au-dessus des eaux et transporta les martyrs au rivage. Les deux martyrs furent jetés dans une fournaise ardente ; mais ils s'y promenèrent comme sur des fleurs. Après beaucoup d'autres supplices, le préfet leur fit trancher la tête.

Magazine SELON SA PAROLE (QUÉBEC) traitant de questions reliées à la spiritualité, l'évangélisation, l'éducation de la foi et la vie en Église
Selon Sa Parole mai-juin vol. 28 numéro 3


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Dernière mise à jour 10 décembre 2002

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