SSP 2001 n.3 Judith, femme de foi. Monique Anctil, r.s.r.

Judith, femme de foi
Monique Anctil, r.s.r.

Le livre de Judith n'est pas un récit historique, mais plutôt un roman caractéristique de la mentalité juive du IIe siècle avant Jésus Christ. Il contient des éléments légendaires et présente un aspect théâtral et dramatique impressionnant. L'auteur semble se référer à une situation réelle : celle d'une guerre menée contre Israël. Les événements décrits s'étendent sur cinq siècles et les principaux personnages, Nabuchodonosor et Holopherne, ne correspondent pas à ce que nous révèlent les documents anciens. De plus, Béthulie, ville où se passe la scène, est absolument inconnue.

Le livre de Judith raconte une victoire du peuple élu, obligé de se battre pour conserver son indépendance au milieu des grands de l'époque, et sauvé grâce à l'intervention d'une femme. En effet, au milieu de ce peuple assiégé par l'imposante armée d'Holopherne chargée de détruire tout autre culte que celui rendu au roi Nabuchodonosor déifié, paraît Judith dont le nom signifie " la Juive ".

L'auteur présente Judith comme une veuve, belle, riche, exemplaire et... femme de prière (8, 1-8). Le roi Ozias loue la sagesse, l'intelligence et la grandeur de cœur de cette femme, reconnues par tout le peuple depuis sa jeunesse (8, 29). Judith incarne la résistance d'Israël aux sollicitations et aux persécutions païennes. Vaillante et audacieuse, elle symbolise le combat me-né par les forces du bien contre les forces du mal, par Dieu contre Satan.

Alors que les juifs, privés d'eau, pressent le roi de se rendre plutôt que de voir mourir leurs femmes et leurs enfants, Judith reproche aux chefs de la ville leur manque de confiance en Dieu. Dans le secret de son cœur germe un projet : " Ne cherchez pas à connaître ce que je veux faire. Je ne vous le dirai pas avant de l'avoir exécuté " (8, 34). Ces paroles montrent la détermination de cette femme qui, au nom de son Dieu, veut le bien de son peuple. Forte de la force même de Dieu en qui elle a mis sa foi, elle invite à rendre grâce au milieu des tribulations sachant que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob est l'unique et vrai Dieu tout-puissant : " Rendons plutôt grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l'épreuve tout comme nos pères. Rappelez-vous tout ce qu'il a fait à Abraham, toutes les épreuves d'Isaac, tout ce qui arriva à Jacob... " (8, 25-26).

Judith se présente comme modèle de la femme salvifique et libératrice de tout un peuple. Sa prière, isolée et personnelle, a une portée communautaire. Son geste de répandre de la cendre sur sa tête n'est pas un geste de prière privée, mais de deuil national. Elle refait seule ce que le peuple et les prêtres ont fait devant le temple de Jérusalem (4, 11.14). Il est même précisé qu'elle se met en prière à l'heure où, à Jérusalem, on procède à l'offrande de l'encens, le soir (9, 1).

Toute la mission de Judith se déploie sous le souffle de la prière. Elle sait que Dieu est la force des faibles et des opprimés. Sa prière est donc un appel confiant au Seigneur pour qu'il la soutienne dans l'action si difficile qu'elle a projetée et qu'elle doit entreprendre pour sauver son peuple assiégé. Elle fera " le possible " comptant sur Dieu pour réaliser " l'impossible ". " Mais tu es le Dieu des humbles, le secours des opprimés, le soutien des faibles, l'abri des délaissés, le sauveur des désespérés " (9, 11). Quelle belle profession de foi !

Certains pourraient l'accuser de se livrer au chantage ; mais non, Judith compte uniquement sur la force de Dieu capable de renverser toutes situations impossibles. Oui, elle croit en ce Dieu de l'impossible, qui peut restaurer tout ce qu'il a créé avec amour : " Maître du ciel et de la terre, Créateur des eaux, Roi de tout ce que tu as créé, toi exauce ma prière " (9, 12). C'est sur cette toute-puissance de Dieu qu'elle s'appuie sachant que lui seul peut exaucer sa prière et faire aboutir ses projets. Se sentant seule et démunie, elle se tourne, confiante, vers Celui qui peut sauver son peuple et lui redonner courage : " Ô Dieu, mon Dieu, exauce la pauvre veuve que je suis, puisque c'est toi qui as fait le passé et ce qui arrive maintenant et ce qui arrivera plus tard. Le présent et l'avenir, tu les as conçus, et ce qui est arrivé, c'est ce que tu avais dans l'esprit. Car toutes tes voies sont pré-parées et tes jugements portés avec prévoyance " (9, 4-5).

Et puis, quelle audace dans la prière de cette femme déterminée ! Dans la simplicité de son cœur, elle informe Dieu de la situation extrême où gémit son peuple. Elle n'accepte pas d'être vaincue car elle croit que Dieu lui-même peut briser ses adversaires et faire tomber les puissants. Elle ne trouve pas sa force en elle-même et dans une armée mais uniquement en Dieu : " Voici les Assyriens : ils se prévalent de leur armée, se glorifient de leurs chevaux et de leurs cavaliers. Ils ont compté sur la lance et le bouclier, sur l'arc et sur la fronde ; et ils n'ont pas reconnu en toi le Seigneur briseur de guerres. Brise leur violence par ta puissance, fracasse leur force dans ta colère !... Brise leur arrogance par une main de femme " (9, 7-10). Elle aurait pu ajouter ces mots de saint Paul : " car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes " (1 Co 1, 25) et " ta puissance se déploie dans la faiblesse " (2 Co 12, 9).

Nous pourrions qualifier d'entêtée cette prière, mais disons plutôt que, par amour pour son peuple et, comme son Père Abraham, " espérant contre toute espérance ", elle poursuit sa requête. Quelle richesse que la prière de demande nourrie d'une foi persévérante ! Quelle merveille que cette audace de la foi de Judith se sentant responsable de prier et d'intercéder en faveur de son peuple : " Seigneur, Dieu de toute force, donne-moi maintenant, aujourd'hui la force de faire ce que je décide " (13, 5. 7). Il n'y a pas de place à l'alternative : " c'est maintenant, aujourd'hui, ce que je veux ". Sa prière est proportionnelle à son besoin et le besoin est pressant. Il faut agir vite et avec puissance puisqu'elle n'a pas assez de force pour agir seule.

Judith n'est pas isolée dans ce combat de la prière de foi. " Tous les hommes d'Israël, avec une ardeur soutenue, crièrent vers Dieu et s'humilièrent devant lui... Tous les Israélites de Jérusalem, femmes et enfants compris, se prosternèrent face contre terre devant le sanctuaire et, la tête couverte de cendres, étendirent les mains devant le Seigneur " (4, 9-14). Quelle force que cette fervente supplication de toute une assemblée qui, de son poste de garde, implore inlassablement le Seigneur, leur unique " protecteur " (9, 14).

Au terme de sa prière, s'en remettant totalement au Dieu qui sauve, la veuve Judith de Béthulie devient l'instrument pour redonner courage et apporter délivrance à ses concitoyens assiégés par les Assyriens. L'action d'éclat réalisée par Judith tend à montrer que Dieu est bien le plus fort, qu'il triomphe à travers ceux et celles qu'il choisit, fussent-ils apparemment les plus faibles. Elle nous enseigne aussi que la prière de foi s'avère une arme puissante pour dénouer toutes situations impossibles.

Les hymnes célébrant le triomphe de Judith se retrouvent dans la liturgie chrétienne. Ils laissent entrevoir la victoire d'une autre femme, Marie. De celle-ci, l'Evangile ne raconte aucune grande prouesse, mais toute soumise à son Dieu, elle n'en sera pas moins associée à la Rédemption. La prière d'action de grâce du grand prêtre et du Conseil des anciens des enfants d'Israël (15, 9-10) et le chant de bénédiction entonné par Judith et tout le peuple (16, 1-17), célèbrent, à la manière du Magnificat de Marie, les merveilles de Dieu qui, dans sa grande miséricorde, " renverse les puissants et élève les humbles " (Lc 1, 52).

De la communauté Notre-Dame du Saint Rosaire, sœur Monique Anctil est responsable du Renouveau charismatique du diocèse de Rimouski. Elle est aussi membre du Conseil canadien du Renouveau charismatique et du comité de rédaction de la revue Selon Sa Parole.

Magazine SELON SA PAROLE (QUÉBEC) traitant de questions reliées à la spiritualité, l'évangélisation, l'éducation de la foi et la vie en Église
Selon Sa Parole mai-juin vol. 27 numero 3


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Dernière mise à jour 10 octobre 2001

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