Espérer

 

Jacques Corriveau

 

 

« J'attends, j'attends Yahwew et il se penche vers moi, il écoute mon cri. Il me remonte de la tombe hurlante, de la boue du bourbier. Il m'installe sur le roc, il assure mes pas. Il pose dans ma bouche un poème inédit, un psaume pour notre Dieu » (Ps 40, 1-4a).

 

 

Voilà un bien bel extrait qui résonne d'une telle espérance et la montre en action. J'attends. Je ne m'énerve pas, je ne cours pas ici et là. J'attends et j'attends encore. Avec patience et fermeté, j'attends. Avec audace et courage, j'attends. Car...

 

Espérer, c'est d'abord attendre... attendre solidement, attendre vraiment... sans s'éparpiller, sans chercher à fuir, sans se détourner ou dissiper l'attente. Attendre, c'est refuser le compromis, c'est refuser d'endormir et de geler sa douleur. Attendre... et demeurer là, debout comme Marie au pied de la croix, et porter sa douleur ; la porter pour la donner, la porter pour l'offrir ; la présenter pour ne pas s'y rouler et s'y vautrer.

 

Attendre, c'est se détourner de soi pour entrevoir un ailleurs, un autrement, toujours possible. Attendre, c'est se déplier, refuser l'apitoiement, l'enfer, l'enfermement ; c'est refuser la défaite et la mort. Attendre, c'est accepter de se perdre de vue pour chercher et contempler le regard de l'autre, pour s'apprendre et trouver sa vie dans le regard de l'autre.

 

Attendre, c'est déjà secouer les bras, laisser tomber les poussières pour le Potier ; ouvrir la bouche pour accueillir le Souffle ; ouvrir toute sa personne pour cueillir la vie, une vie pleine et large.

 

Attendre, c'est croire que déjà le Meilleur est là, devant soi ; qu'il peut même surgir sur la brèche, défoncer l'horizon ; qu'au baptême, le Père déchire le ciel pour laisser tomber son Amour, son Souffle saint sur Jésus et sur chacun de nous ; qu'un jour, à la mort de Jésus, s'est déchiré le rideau du temple qui ouvre sur l'alliance nouvelle avec le Père, le Dieu de la résurrection et de la vie en plénitude, de la tendresse et de la communion. C'est croire que le Seigneur, par son Souffle saint, son saint Baiser, fait toutes choses nouvelles.

 

Espérer, c'est attendre quelqu'un. C'est crier comme Job embourbé dans son fumier : « Je le sais : mon racheteur vit ; tout au bout, il va se dresser sur la poussière. De ma peau rongée jusqu'au bout, de ma chair, je contemplerai Eloah, je le contemplerai pour moi, de mes yeux : nul autre que lui » (Jb 19, 25-27). C'est tendre vers celui que j'attends, diriger vers lui mon regard, fouiller avec une pleine confiance l'horizon d'où il viendra, car je suis sûr qu'il viendra. C'est chanter comme la bien-aimée du Cantique des Cantiques : « J'entends mon chéri ! Le voici : il vient ! ». C'est pour Jésus grimper dans la montagne malgré la nuit pour prier, pour savourer la lumière du Père.

 

Comme le psalmiste, je veux laisser aller mon chant : « J'espère Yahwew, j'espère de toute mon âme, et j'attends sa parole ; mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore ; plus que les veilleurs l'aurore, qu'Israël attende Yahwew ! » (Ps 130, 5-7a).

 

Espérer, c'est attendre quelqu'un qui se penche vers moi et écoute mon cri ; quelqu'un qui vient ensoleiller mes jours et m'annoncer que : « l'hiver passe ; la pluie cesse, elle s'en va. On voit des fleurs dans le pays ; la saison de la chanson arrive ; et on entend dans notre pays la voix de la tourterelle » (Ct 2, 11-12). Attendre quelqu'un qui étend le bras, tend la main, saisit la mienne pour que je sorte du bourbier ; quelqu'un qui bâtit avec moi ma maison, sur son roc, pour que je ne travaille pas en vain.

 

Espérer, c'est attendre quelqu'un qui donne sens à ma vie, à toute ma vie... et dans toutes ses dimensions. Attendre la puissance du Souffle saint qui fortifie l'être intérieur, comme le dit Paul : « pour que le Christ soit l'hôte de vos cœurs par la confiance, pour que dans l'amour enracinés, fondés, vous ayez la force de comprendre avec tous les saints largeur, longueur, hauteur et profondeur pour connaître l'amour du Christ» (Ep 3, 18-19).

 

Espérer, c'est attendre quelqu'un et cette attente fait déjà toute ma joie. Le Seigneur a mis en mon cœur un chant nouveau. Je ne chante plus ces airs de tristesse, ces refrains négatifs, ces mélodies de désespoir, car espérer fait maintenant toute ma joie. « Que puis-je attendre d'autre, Seigneur ? Mon espérance est en toi » (Ps 39, 8). Mon visage s'illumine de confiance et surgit en moi une nouvelle puissance d'aimer. Une certitude m'habite, un désir monte en moi « et j'y tiens : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie pour contempler la beauté du Seigneur et prendre soin de son temple » (Ps 27, 4).

 

Espérer, c'est déjà rayonner de la lumière du Seigneur. C'est déjà éclairer tout autour, semer la joie partout... en toute circonstance, et permettre aux cœurs de se dilater pour qu'ils s'ouvrent au Seigneur.

 

Je voudrais ici vous raconter un instant de bonheur vécu lors d'un ministère de prière : il décrit la beauté de l'espérance vécue et enracinée dans le quotidien. Atteint d'un cancer, un ami est en phase terminale. Il nous appelle, ma sœur et moi, pour aller chez lui prier avec lui. Pendant plus d'une vingtaine d'années, tous les lundis, il a participé aux rencontres de prière. À notre arrivée, nous avons échangé avec son épouse et ses enfants réunis pour la circonstance. Puis vient le moment de prier ensemble. Je m'informe d'une demande particulière. Il nous répond : « Que j'entende le cri du Seigneur quand il m'appellera pour que je me jette dans ses bras ! » Nous sommes tous sans voix... émus et saisis par sa demande. Nous prions et nous chantons un long moment avec lui et lui avec nous. Nous y avons vécu un temps de grâce, une bénédiction du Seigneur. Nous avons côtoyé un saint rempli d'espérance. Il était déjà entré dans la résurrection. Jamais, je n'oublierai !

 

Une semaine plus tard, il passe du dehors au dedans, il entre plus profondément dans le jardin de Dieu et dans le cœur de tous ceux et celles qui l'ont aimé et qu'il a tant aimés.

 

 Pour lui, vieillir ne signifiait pas se ratatiner ou mourir lentement, mais vivre, vivre intensément de cette vie même de Dieu, notre héritage, vie déjà promise et offerte en espérance. Jusqu'à la fin de son passage parmi nous, il a rayonné de cette espérance, l'a semée autour de lui, fort de sa foi et de son amour pour Celui qui lui a tout donné.

 

Espérer, c'est déjà vivre. Quand l'espérance a foutu le camp, la mort rôde car la joie s'est éteinte, la lumière ne brille plus, les yeux deviennent hagards et vides, les os se dessèchent. Mais quand « je mets mon espoir dans le Seigneur » alors « il est mon rocher, et mon salut, ma citadelle : je suis inébranlable. Mon salut et ma gloire sont tout près de Dieu ; mon rocher fortifié, mon refuge sont en Dieu » (Ps 62, 7-8). Et je suis un vivant et un saint par sa grâce et sa tendresse.

 

Grâce soit rendue au Seigneur à jamais !

 

 

 

Magazine SELON SA PAROLE (QUÉBEC) traitant de questions reliées à la spiritualité, l'évangélisation, l'éducation de la foi et la vie en Église

Selon Sa Parole janvier-février vol. 28 numéro 1

 

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Dernière mise à jour 10 février 2002

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