Propos de Paul
sur
l’espérance

 

Monique Anctil, r.s.r.

 

 

 

L'expérience de la désinstallation provoquée par les changements rapides survenus dans la société et dans l'Église et l'inquiétude face à un avenir incertain en raison des conflits et des guerres sont-elles un appel à nous tourner vers Celui « en qui nous avons mis notre confiance car il est notre force et notre chant, il est notre salut » ? (Is 12, 2). Ne sont-elles pas une occasion privilégiée de « rendre compte de l'espérance » qui nous habite ? (1P 3, 15).

 

Le chrétien ne crée pas son espérance, il la reçoit au baptême comme pure gratuité de Dieu. Elle est le dynamisme intérieur qui donne sens à sa vie et le pousse à tout attendre de l'immense bonté du Père, de la mort et de la résurrection du Christ et de l'amour agissant de l'Esprit saint.

 

L'espérance chrétienne s'appuie sur Dieu seul. On espère parce qu'on sait quel Dieu est notre Dieu. Dans le langage courant, on fait peu de différence entre espoir et espérance. Pourtant, les deux ne se confondent pas. C'est dans la nature de tout homme et de toute femme d'entretenir

 

 

des espoirs, c'est-à-dire d'attendre avec confiance la réalisation d'un bien. Cependant, notre vie de baptisé nous entraîne au-delà de l'espoir humain; s'exprimant dans une foi confiante en Celui qui nous aime de toute éternité, elle devient un hymne d'espérance.

 

S'adressant aux chrétiens de Rome, saint Paul rappelle que fondée sur le Christ, l'espérance « ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous fut donné » (Rm 5, 5).

 

 


Espérer, c'est marcher en avant... vers le Royaume de Dieu, dans une confiance absolue fondée sur les promesses divines car « ce qu'il a une fois promis, Dieu est assez puissant pour l'accomplir. » (Rm 4, 21).

 

Animé par cette espérance et fort à cause d'elle, l'apôtre Paul ne craint ni la souffrance, ni la mort. « Oubliant le chemin parcouru, il va droit de l'avant, tendu de tout son être vers le but » : la vie avec Dieu (Ph 3, 14). Il sait que sa récompense est le Christ lui-même. Son espérance est avant tout d'être enfin avec Quelqu'un qu'il aime.

 

Telle est l'attitude du chrétien déjà sauvé qui, demeurant sous l'emprise de la chair et du mal, chemine continuellement les yeux fixés sur le Christ, le laissant envahir toute sa vie. Avec l'apôtre, il traduit son espérance par ces mots : « Nous sommes pressés de toutes parts, mais non pas écrasés ; ne sachant qu'espérer, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés... » (2 Co 4, 8) car nous savons en qui nous avons mis notre espérance.

 

Dans l'aventure de notre vie de baptisé, la foi et l'espérance se donnent la main. Abraham, notre Père dans la foi, nous a ouvert la route : « Espérant contre toute espérance, il crut et devint père d'une multitude, selon qu'il fut dit : Telle sera ta descendance. C'est d'une foi sans défaillance... devant la promesse de Dieu, l'incrédulité ne le fit pas hésiter, mais sa foi l'emplit de puissance et il rendit gloire à Dieu... » (Rm 4, 19-20).

 

 

La foi est toute-puissante ; elle participe à la toute-puissance même de Dieu. Elle amène Dieu à reculer pour nous les limites de l'impossible. Sans la foi, l'homme est tourné vers ses idoles car il ignore Dieu vivant et vrai. Celui qui vit de l'espérance expérimente, à la suite de saint Paul, la présence agissante de Dieu dans sa propre existence : « Mais le Seigneur m'a déclaré : Ma grâce te suffit ; car ma puissance se déploie dans ta faiblesse» (2Co12,9). Cette promesse affermit notre courage dans les combats quotidiens car nous ne sommes plus seuls pour affronter les tentations, les doutes et les difficultés de toutes sortes. Par la foi, nous trouvons le chemin de la vraie vie ; par l’espérance, nous poursuivons notre marche dans la fidélité, tournés vers l'avenir.

 

L'espérance est liée à la charité. Faire confiance au Dieu Sauveur implique le don total de soi à Dieu et aux frères et sœurs, c'est-à-dire la charité. Il n'y a pas d'espérance égoïste : ce qu'on espère, on l'espère aussi pour les autres. Saint Paul le savait bien : « Et notre espérance à votre égard est ferme : Nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation » (2 Co 1, 17).

 

Le bon samaritain a fait preuve autant d'espérance que d'amour pour l'homme tombé aux mains des brigands. Il n'est pas possible d'aimer véritablement son prochain sans espérer pour lui et avec lui.

 

Dans une société en constante mutation, à notre monde angoissé et inquiet, le disciple du Christ doit révéler, par son être et son agir, l'espérance en un Dieu Père aimant qui chemine avec nous, à travers nos espoirs et nos désespoirs humains.

 

Saint Paul va jusqu'à exhorter les Hébreux à montrer autant de zèle à vivre dans l'espérance que dans la charité (He 6, 1-11). Il invite à professer notre espérance et à nous stimuler dans la charité : « Gardons indéfectible la confession de l’espérance... et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes... » (He 10, 23-24).

 

L'espérance, don de l'Esprit, se traduit concrètement dans la paix et la joie : « Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix afin que l'espérance surabonde en vous par la vertu de l'Esprit saint » (Rm 15, 13).

 

Saint Paul invite les disciples du Christ à se mettre « au service du Seigneur avec la joie de l'espérance » (Rm 12, 12), et la joie véritable se traduit par la louange. Dieu notre Père nous a créés pour la louange. Célébration de la puissance, de la bonté et de la beauté de Dieu, elle est une des grandes caractéristiques de nos assemblées de prière charismatique.

 

La grâce de Pentecôte est une grâce de prière et de louange qui fait grandir le Royaume de Dieu. En nous décentrant de nous-mêmes, la prière de louange nous oriente vers Dieu et nous ouvre à nos frères et sœurs, particulièrement les plus souffrants.

 

Si nous sommes vivants et vivantes de l'Esprit de Pentecôte, nous deviendrons un peuple de louange et par elle, nous serons des foyers d'espérance au cœur de notre monde !

 

Cette affirmation de Paul VI demeure encore d'actualité : « Plus que jamais, le monde a besoin de témoins, pas des maîtres, à moins qu'ils soient des témoins, qui révèlent des pages de la Parole de Vie, des témoins de l'espérance, des témoins de l'amour, des témoins de la foi ».

 

De la communauté Notre-Dame du Saint Rosaire, sœur Monique Anctil est responsable du Renouveau charismatique du diocèse de Rimouski. Elle est aussi membre du comité de rédaction de la revue Selon Sa Parole.

 

 

Magazine SELON SA PAROLE (QUÉBEC) traitant de questions reliées à la spiritualité, l'évangélisation, l'éducation de la foi et la vie en Église

Selon Sa Parole janvier-février vol. 28 numéro 1

 

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Dernière mise à jour 10 février 2002

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